
Anne Leblanc est une dessinatrice basée à Paris. Avant de dessiner, elle a d'abord appris à regarder.
Elle commence par une école de théâtre, qu'elle suit pendant environ 2 ans — une première manière d'observer les gens : les corps, les expressions, la façon dont une présence peut raconter quelque chose sans parler.
« Cette période reste essentielle dans mon parcours — mon travail aujourd'hui est encore très lié à l'observation des autres. »
Elle se dirige ensuite vers des études d'architecture et de scénographie, pendant deux ans — un virage guidé par l'envie de travailler l'espace, les images et la mise en scène, et par une question centrale à la scénographie : comment raconter une histoire visuellement ?
C'est au Théâtre de l'Européen qu'elle poursuit ensuite son parcours : elle en est responsable depuis l'âge de 23 ans, entre technique et univers artistique. C'est dans ce cadre qu'elle dessine des artistes en direct sur scène, notamment l'humoriste Léopold Lemarchand, devant environ 350 personnes.
Le dessin devient alors progressivement son principal moyen d'expression. En septembre 2024, elle commence à publier ses dessins sur Instagram — d'abord ses amis, puis des inconnus rencontrés dans les parcs et les rues de Paris.
« Ce qui m'intéresse, c'est de rencontrer quelqu'un, de l'observer pendant plusieurs minutes, et d'essayer de comprendre ce qui fait son visage, son attitude, sa présence. Je ne cherche pas à reproduire quelqu'un : le dessin est pour moi une manière de regarder réellement une personne. »
Elle aime dessiner sur le vif, où qu'elle soit — à la plage, au restaurant, dans la rue, en plein événement — dès qu'elle peut sortir un carnet et un stylo, avec ce côté immédiat et imprévisible : observer quelqu'un, faire des choix très vite, et transmettre quelque chose de lui avec très peu de moyens. Filmer ses dessins et les partager en ligne devient une étape importante de son parcours — à la fois pratique artistique et manière de rencontrer des gens.
Observer, comprendre, simplifier, transmettre
Anne observe naturellement beaucoup : elle aime regarder les gens, écouter leurs conversations, remarquer les petits détails, comprendre les dynamiques entre eux — et peut passer beaucoup de temps à essayer de comprendre quelque chose avant de produire une réponse.
Dans son travail, elle cherche à transformer cette observation en quelque chose de créatif : comprendre, puis simplifier en une image — partir de quelque chose de complexe, une personne, une émotion, une idée, et en extraire l'essentiel. C'est aussi ce qui l'attire vers la bande dessinée et la vulgarisation : rendre une idée compliquée accessible par des images simples.
Le papier comme matière
Le papier occupe une place importante dans sa pratique. Anne n'a pas envie de reproduire numériquement l'esthétique du dessin traditionnel : elle aime travailler la matière — papier, feutre, crayon — et les accidents qui peuvent survenir en dessinant.
« Je me suis beaucoup demandé si je devais passer au dessin sur tablette, comme beaucoup d'autres illustrateurs. Mais je me suis rendu compte que j'aime profondément le papier — j'ai aujourd'hui envie d'en faire une vraie force, plutôt que quelque chose de moins moderne. »
Elle travaille sur papier Bristol, au feutre à alcool et au crayon de couleur pour ses portraits, et beaucoup au stylo bille sur carnet. Elle aime que l'objet existe réellement avant d'être numérisé — le scan n'étant qu'une manière de faire passer un objet physique dans le monde numérique.
La rencontre avant tout
La rencontre est au cœur de sa pratique. Quand Anne dessine quelqu'un, il ne s'agit jamais seulement de faire son portrait, mais de discuter avec cette personne, découvrir qui elle est, ce qu'elle pense, ce dont elle rêve. Le dessin devient un prétexte à la rencontre — et un petit événement en soi : on s'assoit, se laisse observer quelques minutes, découvre son portrait, et repart avec quelque chose d'inattendu.
Anne est aussi très attirée par les systèmes et les formats : prendre beaucoup d'informations, chercher les liens entre elles, puis les « essorer » jusqu'à trouver une idée centrale. Elle souhaite aujourd'hui développer une pratique qui se situe entre dessin, observation, rencontre et transmission.
Ce qu'elle cherche dans le dessin
Anne ne cherche pas le dessin le plus virtuose ou le plus détaillé possible, mais la bonne manière de transmettre une idée à quelqu'un. Le travail de Liv Strömquist l'a confortée dans cette idée : sa manière de prendre des sujets complexes — sociologie, amour, rapports humains — et de les transformer en bande dessinée accessible montre que la simplicité peut être une force.
Elle est aussi très attirée par les artistes qui transforment quelque chose de personnel en quelque chose d'universel — une expérience, un détail précis, dans lequel beaucoup peuvent se reconnaître. C'est une direction qu'elle aimerait continuer à développer dans son propre travail.


